L’humanité a un problème de violence, et c’est un problème d’hommes.
2027. La gauche remporte de peu la présidentielle, puis les
législatives. Parmi les nouvelles députées élues, une femme issue de la société
civile, peu connue mais charismatique, est en croisade contre le patriarcat. Pendant
cinq ans, elle déploie des efforts colossaux pour bâtir un club de femmes
puissantes et faire passer deux lois fondamentales. La première instaure un
comité de femmes chargées d’évaluer les officiers de police, de gendarmerie, des
armées et des prisons selon des critères féministes. Si la réponse à des
questions comme « Comment prendre en charge une femme victime de violences
masculines ? » ou « Comment détecter un homme dangereux pour les
femmes ? » ne sont pas satisfaisantes, l’officier est remplacé par
une personne de compétences équivalentes validée par le comité. La seconde loi instaure
un stage d’une semaine obligatoire pour l’ensemble de la population à partir de
12 ans, qui vise à sensibiliser aux violences.
A la fin du premier quinquennat, le nombre de femmes osant
signaler aux forces de l’ordre une violence auparavant ignorée – dans les
transports, le foyer, au travail ou sur les réseaux sociaux – est multiplié par
cent, et les acteurs de violence sont systématiquement condamnés. La gauche est
réélue de justesse. La députée est nommée Ministre de l’Intérieur, et les mesures
deviennent plus radicales : parité systématique aux fonctions élues et
directions d’entreprises ; justice transformatrice ; registre d’hommes
signalés par des femmes consultable par n’importe quelle femme en faisant la
demande ; interdiction de la vente de jouets d’apparence militaire ; interdiction
de la chasse ; fiscalité prohibitive sur l’achat d’alcool. En 2037, les droites
libérales, conservatrices, nationalistes et réactionnaires s’allient et
remportent largement la présidentielle. Mais le club des femmes puissantes à la
tête des armées et forces de l’ordre refusent le revers de bâton. Elles organisent
un coup d’Etat et instaurent l’un des premiers matriarcats de l’Histoire de l’humanité.
Dystopie ? Pas sûr. En 2026 en France, 96% des personnes
incarcérées sont des hommes. 96% des viols sont commis par des hommes. 98% des
homicides. 100% des femmes déclarent avoir déjà modifié leur comportement pour
éviter d’être agressée ou harcelée. Pratiquement toutes les guerres de l’Histoire
ont été déclenchées et menées par des dirigeants masculins. L’humanité a un problème
de violence, et c’est un problème d’hommes. Quand on baigne dans ce constat glaçant,
on finit par se dire qu’il faudrait effectivement renverser la table, laisser
les femmes diriger partout et voir si la situation s’améliore. Si on traite la
pauvreté, la différence, la Nature, avec plus de compassion. Quand on sait que
les métiers et bénévolats du soin sont exercés par une écrasante majorité de
femmes, on est en droit de le croire.
Au 21ème siècle en France, la majorité des hommes
a enfin admis que ce n’était pas OK de battre sa femme, de décider de sa vie ou
de lui accorder moins de droits. De plus en plus d’hommes assurent des tâches
ménagères, voire assument une part de charge mentale ; acceptent d’être
dirigés par une femme au travail ; comprennent que l’espace public est
plus dangereux pour les femmes. Pourtant, la violence est toujours omniprésente.
Attendre 21h sur le canapé que sa compagne rentre du travail pour qu’elle fasse
à manger, c’est violent. Refuser qu’elle sorte boire un verre avec un autre
homme, puis sortir boire un verre avec une autre femme, c’est violent. Refuser de
parler des difficultés hormonales qui affectent la santé de sa compagne, c’est
violent. Laisser sa compagne renoncer à ses loisirs pour s’occuper des enfants,
sans renoncer aux siens, c’est violent. Réclamer un rapport sexuel pour son
anniversaire, c’est… un viol.
Ces exemples, même s’ils me choquent personnellement, peuvent
encore paraître anodins à certains. Mais la violence est un spectre. Chaque
fois qu’un homme manque de respect à une femme, il banalise un système. Un
système dans lequel les hommes maintiennent cette très légère supériorité qui
légitime d’imposer leur volonté. Et ce système, on en a marre. Et comme de plus
en plus de femmes en prennent conscience, les hommes qui ne l’ont pas encore
compris se sentent lésés, et finissent par céder aux discours dégueulasses des
masculinistes frustrés. Mais rassurez-vous, quand viendra le matriarcat, ils
pourront garder leurs couilles. On laisse l’apanage des mutilations aux hommes.
En revanche, il sera trop tard pour les excuses.