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mardi 25 septembre 2018


Incendies

2010 - Denis Villeneuve



Ce film est remarquable à bien des égards : parce qu’il nous fait découvrir une autre facette des réalisations de Villeneuve ; qu’il est adapté d’une pièce à succès de Wajdi Mouawad que peu doivent connaître ; qu’en ne citant pas le pays d’origine des protagonistes (bien qu’on le devine), il acquière un caractère universel terrifiant ; qu’il équilibre une noirceur profonde avec des personnalités d’une détermination rayonnante. Avouons-le, il est affreux : le tissu d’horreurs guerrières n’était pas suffisant, il a fallu le tricoter en une trame tellement malsaine qu’elle en devient jouissive. Le duo de la sœur et du frère Marwan joue également beaucoup dans la qualité immersive de l’œuvre, en présentant deux réactions opposées et également crédibles, nous fournissant deux fenêtres pour appréhender la réalité du dehors. 
Le choix chronologique est en revanche assez déboussolant : peut-être n’étais-je pas assez attentif, je suis revenu sur plusieurs passages après une minute du passé de Nawal en pensant suivre Jeanne, ou l’inverse. Mais peut-être faut-il justement lâcher la boussole pour lever les yeux vers ces étoiles que tout le monde partage mais personne ne voit dans le même sens ? Incendies a en tout cas des choses à dire sur les religions. Sur l’importance de se souvenir d’où l’on vient, aussi, sur la nature humaine, et son esprit torturé…

« Un plus un, ça peux-tu faire un ? »


Scénario : Denis Villeneuve (d'après l'oeuvre de Wajdi Mouawad)
Musique : Grégoire Hetzel
Photographie : André Turpin

dimanche 1 janvier 2017

Enemy

2014 - Denis Villeneuve





What the ... ?! Je commence à être un peu familier des oeuvres de Villeneuve, mais celle-ci me laisse perplexe ! Deux hommes aux vies différentes mais avec un physique et une voix strictement identiques. C’est dérangeant, mais ça ne suffit pas à en faire de la science-fiction. Ce qui n’est pas l’objectif. Et pourtant, j’ai peut-être du mal à m’imaginer dans la même situation, mais les réactions me paraissent un peu... surnaturelles. Une voix au téléphone, honnêtement, c’est trompeur. S’ajoute à cela une thématique du rêve morbide qui fera fuir les arachnophobes, et que je ne parviens pas à expliquer, volonté artistique mise à part. Bon, mais le cœur du film est... inexistant ? Le rythme, d’une extrême lenteur. La photographie, grisâtre. Les musiques, dédiée à l’ambiance, comme toujours. Mais quelle ambiance ? Conclusion, c’est peut-être un chef-d'œuvre, mais il m’a totalement échappé !

Du moins jusqu'à voir une interprétation possible par le Fossoyeur de Films... Et du tout au tout Enemy me torture l'esprit avec ses airs de mindfuck. Ce qui est une bonne chose ! Je ne dis pas que c'est l'explication, je ne suis pas d'accord avec tout, mais jetez-y un coup d'oeil et faites-vous votre propre avis :
L'APRÈS-SÉANCE - Enemy (l'explication ?)

Scénario : Javier Gullon (d'après l'oeuvre de José Saramago)
Musique : Danny Bensi
Photographie : Nicolas Bolduc

lundi 19 décembre 2016

Premier contact

2016 - Denis Villeneuve



Il prend son temps sans le perdre. La situation est explicite après cinq minutes, pour ensuite pouvoir se consacrer pleinement au coeur du film : la communication. Des extra-terrestres sont là et ils ont un message, mais c’est moins ce qu’il ont à dire que la difficulté de le comprendre qui importe. Pour cela l’armée fait appel aux personnages de Amy Adams et Jeremy Reiner, une linguiste et un physicien, dont la passion va surpasser les considérations militaires plus pragmatiques. 
C’est une histoire de communication à partir de rien, face à une culture inconnue qui est pourtant la clé du langage, mais aussi de communication entre humains. Une histoire de coopération et d’information. Denis Villeneuve réalise ici un nouveau chef d’oeuvre, moins sombre que ses précédents, mais toujours centré sur l’humain et ses failles. C’est de la SF sans l’artillerie lourde, toute en subtilité, et qui ne gaspille pas une minute. Les musiques, bien plus présentes que dans Sicario, sont toujours chargées émotionnellement. Et si certains regretterons une certaine immobilité, voir une excessive simplicité, c’est peut-être qu’ils cherchaient un fond que la forme à elle seule peut combler. Enfin, retenez bien cela : tout n’est pas linéaire, à commencer par l’écriture...

Synopsis

Lorsque de gigantesques monolithes flottants apparaissent soudain dans 12 endroits du monde, l'armée s'empresse de recruter une équipe civile, en particulier une linguiste et un physicien, pour essayer de communiquer avec les nouveaux arrivants. Mais bien sûr, ce n'est pas simple, sans compter que les humains ont parfois déjà du mal à s'entendre entre eux...

Scénario : Eric Heisserer (d'après l'oeuvre de Ted Chiang)
Musique : Johann Johannsson
Photographie : Bradford Young

samedi 12 novembre 2016

Sicario

2015 - Denis Villeneuve





Sicario traite des cartels de la drogue, de la frontière US / Mexique, et de la manière dont les Etats-Unis gèrent ces problèmes. Le film est cru, vif : par des images tout d’abord, dans une introduction frénétique qui nous immerge immédiatement dans un univers sans pitié ni morale. Cru et vif dans ses idées, ensuite : il a des messages à faire passer, des informations à communiquer, et il le fait, distinctement mais sans décoration superflue. Et surtout, il prend le temps. Ou plutôt, il s’en empare. 
La clé de voute du film, c’est cette agent du FBI incarnée par Emily Blunt, qui malgré son expérience du terrain, se retrouve plongée au coeur de cette lutte morbide et sans lois, en apparente zone de guerre. Mais surtout, c’est sa progression dans une ignorance presque totale (vide que ceux qu’elle sert ne souhaitent surtout pas combler) qui nous happe complètement : comme elle, les règles nous sont inconnues. 
Enfin la force de Sicario réside dans le rythme qu’il impose : des phases lentes, oppressantes, entrecoupées d’explosions  aussi soudaines que brèves, et d’autant plus violentes que la bande originale du film mise bout à bout ne doit pas excéder cinq minutes. Du silence, et de la tension. A voir avec l’estomac accroché, et la volonté de redécouvrir de sombres vérités. Sicario, retenez-bien ce mot. Il prendra sens. A la fin. 

Scénario : Taylor Sheridan
Musique : Johann Johannsson
Photographie : Roger Deakins